Mercredi 23 Août 2017
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Le sanctuaire des Sycomores de Vie en Ancienne Egypte par Antoine Gigal
>Le sanctuaire des Sycomores

Dans mes parcours de l’Egypte entière depuis vingt ans, un arbre à toujours attiré mon attention et je n’ai même jamais osé le toucher tellement il m’inspirait du respect mêlé d’étonnement... un arbre devenu assez rare aujourd’hui mais qui en Egypte m’a fortement impressionné sans savoir trop pourquoi car ses dimensions sont souvent plutôt modestes et son aspect: humble, discret, même s’il est bien touffu...

Sycomore de Sais
Sycomore à Saïs

Mais ensuite un jour, j’ai dû faire une conférence sur le petit temple d’Hathor à Memphis, aujourd'hui semi enterré et où peu de gens ont accès, et là je compris que le sycomore décidément avait une très grande importance puisque je le trouvais encore planté aux 2 coins Sud des restes du temple comme c’est préconisé dans les anciens textes. Ce petit temple comme je l'ai démontré dans mes conférences étaient totalement entouré d'eau dans le passé, représentant l'île primordiale, l'île refuge en cas de déluge en l'honneur de la déesse Hathor, qui en fait, c'est moins connu est nommée aussi "la dame du Déluge"... le temple-île de l'ultime refuge de la "dame de Vie"...

Le temple d'Hathor à Memphis avec les 2 sycomores sud Photo@AntoineGigal

Les deux sycomores aux deux coins sud de ce temple d’Hathor à Memphis représentaient: les deux divins sycomores du «ciel et de la terre»: l’un représentant Hathor donnant naissance à la vie et l’autre: Hathor «redonnant naissance aux âmes», l’un allait chercher loin et profondément avec ses racines dans le sable du désert l’eau de vie et l’autre captait la rosée et la pluie de l' eau du ciel...

Temple d'Hathor dans le passé

Cet arbre finissait même par peupler mes rêves et le bruissement du vent dans son petit feuillage venait comme un refrain dans mes journées. J’aspirais de plus en plus à déchiffrer son mystère, le calme protecteur et chaleureux qu’il offrait… Et je décidais donc de me pencher davantage sur ses racines. J’approfondis alors les mystères de Het-Het la déesse-arbre, maitresse du sycomore du sud « nbt nht rst », une des formes d’Hathor. Je me mis a connaître les secrets de cet arbre de vie dont les fruits donnaient un breuvage sacré et divin que les prêtres buvaient pendant le déroulement de mystères sacrés et qui était sensé vous rendre sage: autant qu’un arbre de sagesse et vous donner un savoir incroyable sur le champs… La boisson du savoir instantané…

Hathor offrant l'eau de vie du sycomore

C’était fascinant de découvrir peu à peu au hasard de mes lectures hiéroglyphiques tous les attributs du sycomore… D’ailleurs je me rappelais aussi que lorsque c’était possible les anciens égyptiens se procuraient un cercueil fait en bois de sycomore: le « Khat-en-ankhu » fait dans cet arbre de vie, de façon à ce que le mort puissent être pris dans les bras de la mère de toute vie qu’il représentait et renaitre à jamais…

Tombe d'Usehet à Thèbes: les fruits du sycomore sacré
Tombe d'Osiris recouvert du Sycomore sacré -

Le sycomore était connu de toute façon comme un arbre soignant, et surtout protecteur et il y avait une raison évidente à cela: d’abord il peut pousser dans les endroits submergés par l’eau, il pousse là où les autres arbres ne peuvent pas pousser, il résiste totalement à l’eau et de son bois en cas d’extrême nécessité on peut en faire une barque qui sera toujours préservée de l’humidité et des flots, insubmersible car imputrescible… le meilleur refuge en cas d’inondation. D’autre part son nom Nehat est écrit avec les hiéroglyphes de l’arbre, de l'oiseau, du refuge de roseau. Le sycomore représente à lui seul le tertre sacré, l’île refuge, le temple refuge pendant les inondations du Nil et des déluges… il n’y a pas plus respectable! Mais il y a plus encore…

le sycomore sacré

En effet: des enclos sacrés de Sycomores semblaient exister à Saïs, Memphis, Heliopolis, Luxor sur un terrain spécialement délimité selon l'obliquité des rayons du soleil à certaines heures, un lieu où seuls les prêtres purs pouvaient s'approcher de l'An-Auhi: du sycomore sacré dans le Nahi: l'enclos de silence où poussaient ces arbres d'exception. Ils venaient là se recueillir ainsi que pharaon pour parler à la divinité, comme si ce site, ces arbres, étaient les porte voix extraordinaires vers Dieu... un des rares endroits où la communication directe sans interférences avec le divin était possible. D'ailleurs seuls les grands prêtres pouvaient couper un sycomore après un rituel complexe de plusieurs jours pour en retirer uniquement dans la longueur de son tronc les 16 Tau, les 16 Tan Auhi, les 16 croix de vie personnification totale de la vie et qui revenaient uniquement à des personnes que l'on disait "à la voix juste"... Le véritable arbre de justice...
Text d'Antoine Gigal - Avril 2014

Gigal Research 2013 - 2015