Lundi 20 Août 2018
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Les Secrets d'Outre Tombe du Serapeum de Saqqara : Partie 1
Je vais à présent vous emmener sur un site du plateau de Giza, qui fait 6km du nord au sud sur environ 2km de large: celui de Saqqara (29° 51' N, 31°14' E, pour ceux qui désirent regarder les vues satellites), au sudouest du Caire, à côté de l'ancienne Memphis. Je ne vais pas vous parler de la fameuse pyramide à degrés de Djoser (3ème dynastie, 2630 avJC, datation officielle) construite par son grand vizir Imhotep, ni d'un des nombreux mastabas que l'on y trouve, non, pas cette fois ci. Je vais vous faire découvrir en fait l'un des plus mystérieux endroits de Giza, et de l'Egypte toute entière:
Le Serapeum, ces étranges catacombes.
La pyramide de Djoser à Saqqara
serapeum Porte d'entrée du Serapeum
Vue du ciel Porte d'entrée du Serapeum
Regardez bien la vue prise du ciel: l'entrée du Serapeum se trouve presque en droite ligne bien au-dessus de la petite pyramide d'Userkaf et légèrement en diagonale au-dessus de la grande pyramide à degrés de Djoser. J'ai volontairement choisi cette photo de 1957 car maintenant le sol de cette zone est tellement creusé, fouillé par les concessions d'archéologues, qu'il aurait été difficile pour vous d'identifier où se trouve l'entrée. Ce lieu incroyable, ce Serapeum (Serapeion en grec, anciennement Sinopeion), que certains comme le Dr Aidan Dodson, professeur d'archéologie à l'Université de Bristol, n'hésitent pas à considérer comme le plus important monument de l'histoire de l'égyptologie.
Strabon Ce site extraordinaire et souterrain fut redécouvert en "premier" par le géographe grec Strabon, infatigable, qui voyagea en Egypte vers 24 avJC, accompagnant son ami, le préfet romain Aelius Gallus tout le long du Nil. C'est lui qui nous a alertés dans ses écrits du vent de sable pouvant vous prendre dangereusement par surprise à l'entrée du site, encaissé entre deux dunes, et vous ensevelir avant même d'en trouver la porte… Il indiqua également l'allée de sphinxs, particulière, qui faisait un chemin à travers les dunes vers le serapeum sur 1300m. Ce fut un indice très important pour que l'on puisse retrouver bien plus tard ce site devenu invisible, complètement recouvert par le sable.
Strabon (57 avJC - 25 apJC)

Ensuite un grand voyageur italien, Giovanni Gemelli-Careri, semble l'avoir vu ou du moins approché en 1693. Il évoqua "Un labyrinthe souterrain, qu'il vit, non loin des pyramides". Mais on pense qu'il a vu d'autres catacombes que le Serapeum proprement dit ou plutôt une de ses extensions car il parla de couloirs courant "sur plusieurs miles comme une ville sous le sol". il ajouta que les Egyptiens qu'il avait rencontrés appelaient cet endroit "le labyrinthe", à ne pas confondre avec le fameux labyrinthe en surface d'Hawara à Fayoum.

A peu près à la même date, Paul Lucas, un marchand français qui ramenait des antiquités pour le compte de Louis XIV, trouva et visita le site et il parla déjà de galeries effondrées. Je pense que Benoît de Maillet, consul de France au Caire de 1692 à 1708, a lui aussi connu cet endroit mais comme vous allez voir, il était très difficile à l'époque, ou l'on ne savait pas lire les hiéroglyphes, de pouvoir identifier et comprendre ce lieu. En fait jusqu'à aujourd'hui il est resté très énigmatique pour les chercheurs, peut-être même bien plus encore que la grande pyramide elle-même.  

De plus le lieu est fermé au public. Il faut une permission spéciale pour y entrer. En visitant ce lieu à travers cette chronique et la suivante vous allez pénétrer dans un monde de haute étrangeté, vous en jugerez par vous-même.

Giovanni gemelli
Giovanni Gemelli Carei, grand voyageur italien dont s'inspira Jules Vernes et qui voyagea en Egypte en 1693

Notez au passage, combien les Français se sont intéressés à l'Egypte, et ce bien avant Napoléon. Celui qui a redonné ses lettres de noblesse au Serapeum, c'est notre cher Auguste Mariette (1821-1881) qui découvrit le complexe le 1er novembre 1850. Si quelques années auparavant, Napoléon avait vainement et frénétiquement recherché le Serapeum, c'est bien parce que quelque chose d'extraordinaire devait s'y trouver. La découverte de Mariette devait d'ailleurs changer sa vie. C'est après cette découverte, faite un peu par hasard au départ, qu'il décida de se consacrer à l'égyptologie… Il fallait donc que cette découverte soit d'une très grande importance pour motiver une telle vocation. Ce n'est pas rien quand même.

En fait au départ, Mariette avait été envoyé au Caire pour une toute autre raison: il devait trouver et collecter pour le compte du Louvre des manuscrits coptes et syriaques chez les patriarches des monastères existants. Oui mais voilà, sa mission était rapidement devenue difficile car les anglais étaient en train de tout "rafler". La concurrence était rude. On raconte même que les anglais arrivaient à leurs fins en saoulant carrément les moines dans les couvents. Ils "arrachaient" ainsi les manuscrits de leurs précieuses archives, une chose que ne pouvait faire l'intègre et raffiné Mariette. Et puis, quand vous êtes au milieu de monuments égyptiens à demi ensablés, alors que les fouilles commencent à peine, il est fort peu engageant de s'occuper d'autres choses, a fortiori de textes n'y faisant pas référence.

Mariette avait lu le grec Strabon qui lui, parlait directement des édifices égyptiens. Sa description de l'allée de sphinxs à Saqqara et ce Serapeum mystérieux à l'accès quasiment impossible avait su exciter son intérêt. Aussi décida-t-il d'aller voir dans cette partie nord de Saqqara recouverte de dunes. Bien lui en prit car il tomba rapidement sur un petit sphinx à moitié ensablé, prélude de la fameuse allée menant au fameux serapeum. Avec la concurrence, il ne fallait pas perdre de temps. Et donc comme il aima le raconter lui-même: "(…) le 1er novembre 1850 pendant l'un des plus beaux soleils levant que j'ai jamais vu en Egypte, avec un groupe de trente ouvriers travaillant sous mes ordres près de ce sphinx..." il trouva au fil des jours une centaine de ces petits sphinx de chaque côté d'une allée qui commençait à se dessiner sous ses yeux formant un dromos classique, un chemin sacré menant à un lieu d'importance.

benoit Maillet
Benoît de Maillet, Consul de France au Caire en 1738
Il arriva rapidement à ce qu'il désigna comme la cour des ruines d'un petit temple. C'est là qu'il trouva la fameuse statue du scribe assis qui se trouve aujourd'hui au Louvre et une statue du dieu Bès dont le nom (Bs) signifie "être initié, naître" et dont la laideur est sensée repousser les forces maléfiques.

Puis enfin, un an plus tard seulement, à cause des tonnes de sable à remuer, il trouva en contrebas la véritable entrée des catacombes du Serapeum, le 12 novembre 1851. Regardez bien les photos du site actuel, le lieu est encore carrément enterré sous le niveau des dunes. Mariette dut utiliser des explosifs pour pouvoir percer le roc de l'entrée scellée. Il pénétra alors dans une longue galerie contenant des niches avec des stèles votives et 24 chambres latérales, comme des alcôves, contenant chacune un énorme sarcophage de granit sombre. Ces sarcophages n'étaient absolument pas de taille humaine puisque pour arriver à la hauteur du couvercle il est nécessaire de gravir un petit escalier d'au moins huit bonnes marches, je l'ai vérifié moi-même. De plus chaque sarcophage, creusé dans un bloc de granit d'une seule pièce, mesure 4m de long, 2m30 de large et 3m30 de haut et pèse environ 80 tonnes, ce qui représente un exploit technologique certain.

On nous dit que ces sarcophages sont les sépultures de taureaux sacrés Apis momifiés de la 26ème dynastie (664–525 avJC) jusqu'à la période Ptolémée. Ces énormes sarcophages sont donc censés avoir reçu des corps de momies de taureaux qui dans l'ensemble, dans la réalité agraire, ne devaient pas être beaucoup plus hauts qu'1m60 et qui ne pesaient à l'âge adulte qu'environ une tonne au maximum. Le moins que l'on puisse dire c'est que ces sarcophages de granit étaient surdimensionnés par rapport à leurs supposés contenus. Curieux non?  Nous y reviendrons… On nous dit aussi que les sarcophages de granit sont vides (C'est vrai, j'ai pu aussi le vérifier sur place). Leurs contenus auraient été volés dans l'Antiquité. On les a donc retrouvés tels quels, c'est-à-dire vides, sans aucune momie de taureau...retenez bien cela…

Mariette constata d'ailleurs le déplacement de la plupart des couvercles. Il continua à fouiller et l'année suivante, il trouva d'autres galeries datant, elles, de Ramses II (1279-1212 avJC, 19ème dynastie) donc plus anciennes encore, où se trouvaient vraiment cette fois-ci vingt-huit momies d'Apis, mais dans de petits caveaux et dans des sarcophages de bois correspondants à la taille véritable de momies de taureaux. Par ailleurs les momies de  taureaux ont toujours été embaumées dans la position agenouillée de sphinx, ce qui requièrt encore moins de place…

sarcophage sarcophage
Regardez l'énormité du sarcophage Regardez la hauteur du couvercle de la cuve de granit
Le sarcophage de bois de l'Apis XIV datant de la 44ème année du règne de Ramses II nous est arrivé intact. On sait par des textes ultérieurs que sous les 67 ans de règne de Ramsès II il y a eu 7 Apis embaumés. Les stèles votives n'existaient pas sous son règne. Mariette trouva ensuite un troisième réseau de chambres comptant d'autres plus petites sépultures, cette fois datant d'Amenhotep III (1387-1350, 18ème dynastie). Les seuls sarcophages de bois encore intacts sont ceux de l'Apis VII et de l'Apis IX découverts avec ushebtis, jarres canopiques et amulettes. Donc, nous avons trace juste de quelques momies de taureaux enfermés dans des sarcophages de bois et quelques sarcophages de pierre de taille normale. Mais rien pour les 24 énormes sarcophages de granit…
À ce stade on voit déjà se profiler pas mal de questions...mais avant de les aborder plus franchement, continuons un peu: d'abord pourquoi ce culte à des taureaux? « Serapeum » vient de Serapis qui est un dieu composite Sokar-Osiris-Apis, créé de toute pièce par le pharaon tardif Ptolémée I Soter (305-282 avJC après la 31ème dynastie). Ce pharaon avait un important problème à résoudre. Il devait normaliser et pacifier deux cultures différentes se côtoyant alors en Egypte, la grecque et l'egyptienne. On créa ce nouveau culte de Sérapis donc, en utilisant l'ancien culte égyptien pour le bœuf Apis avec l'ancien culte grec pour Zeus, Hadès, Asklépios, Dionysos, essayant de fédérer tout le monde vers ce dieu composite représentant la fertilité et les forces souterraines… Oui, mais... avant? Le culte à Apis a bien existé très longtemps auparavant. Selon Manéthon dont je vous ai déjà beaucoup parlé, il remonterait à la deuxième dynastie. Mais pour moi et bien d'autres égyptologues et chercheurs, il est encore beaucoup plus ancien car on retrouve beaucoup d'objets parlant de l'importance du taureau en rapport avec les cieux depuis la plus haute Antiquité, comme par exemple la palette à l'époque pré-dynastique de Naqada (4000-3000 avJC).
couloir serapeum
Vue d'un couloir du Serapeum presque irréelle Un des couloirs du Serapeum
Alors pourquoi des taureaux divinisés? Pour les anciens Egyptiens le taureau Apis renfermait la manifestation divine du dieu Ptah, puis par la suite d'Osiris. Le taureau Apis était donc carrément le réceptacle choisi sur terre par l'âme de Ptah pour venir s'incarner dans notre densité. Quand Osiris un peu plus tard absorbe l'identité de Ptah, il nous parle du mort vivant, c'est-à-dire de la résurrection. L'Osiris vivant du monde souterrain est aussi l'Osiris de la végétation fertile, celui qui a vaincu le mal et la mort. Toutes ces associations entre dieux similaires à travers les siècles, courantes en Egypte, ont en fait une signification très importante, une signification qui renferme plus d'un secret parfois. Ainsi le dieu babylonien Ea avait pour titre "Serapsi", c'est-à-dire "roi des profondeurs", ce qui correspond aussi à notre Serapis égyptien.
ptah

Mais revenons au dieu Ptah, l'ancien Atoum, démiurge, "créateur du monde", "celui qui façonne", qui forge, "l'Architecte divin des cieux et de la terre", "le possesseur du feu créateur". Dans la pierre de Shabaka il est dit que Ptah "fait venir le monde à l'existence". L'équivalent de Ptah chez les Grecs est Hephaïstos et chez les Romains Vulcain et on l'assimile aussi à Zeus. Il est représenté debout et dans le linceul des momifiés, comme Osiris, ce qui pour moi indique bien qu'il réside dans le monde souterrain. Il n'a pas la liberté d'amplitude de mouvement que l'on peut avoir à la surface sur Terre. Il est prisonnier d'un lieu et d'une forme qui n'est pas la sienne d'origine.

Et le fait qu'il soit couvert d'un casque bleu (qu'ont reprit les forgerons ensuite) est un signe de son invisibilité à la surface de la Terre. Le bleu en ancienne Egypte dépeint des choses, des êtres invisibles. C'est ainsi que Ra à l'origine était représenté en bleu, idem pour Amon. C'est le bleu du ciel, associé au souffle de vie créateur. Ptah maîtrise tous les secrets opératifs, ce qui lui permet de dominer et de façonner toute matière. Dieu chtonien, il règne sur les minéraux dans les profondeurs de la Terre. Chose importante, il est associé aussi à Ta Tenen, l'île surgissant de la terre submergée, ce qui nous ramène au Déluge ou à plusieurs d'entre eux.

En tout cas, c'est un dieu qui était là lorsque la première terre est apparue au-dessus des eaux… et qui peut-être pour que sa manifestation soit possible sur Terre doit s'emprisonner dans une forme, pourquoi pas celle du taureau Apis?

Ptah et son casque bleu
Son épouse est Sekhmet "la Puissante", "la Grande en magie", la lionne indomptable et crainte. Gardienne du seuil, protectrice des dieux, guerrière que Ra n'avait pas hésité à envoyer pour punir les êtres sur terre qui ne voulaient plus de relation avec les cieux, qui se coupaient du divin. Certains textes laissent même penser qu'elle eut une part de responsabilité dans le déferlement du déluge… Et puis dans la tradition grecque, n'oublions pas qu'il y a la troublante histoire de la nymphe Io transformée en vache par Zeus (associé au Ptah égyptien) et qui finit après une longue épopée à arriver en Egypte où Zeus (Ptah) lui redonne sa forme humaine et où elle donne naissance à Epaphos (l'Apis égyptien) et propage le culte d'Isis. Les Egyptiens associaient Io à Hathor et selon certains chercheurs Epaphos-Apis devint roi d'Egypte et fonda Memphis et fut adoré en tant que dieu Apis… Curieux non, tous ces recoupements.
plan serapeum En tout cas dans cette histoire on apprend aussi que Zeus ne dédaignait pas de se transformer par moment en taureau… Donc nous avons là un être divin Ptah, en rapport avec le monde souterrain, en rapport avec la création du monde ou re-création nécessaire d'après le déluge, et sa parèdre (épouse) Sekhmet qui a un lien également avec le déluge.
Mais alors comment expliquer davantage le taureau Apis et les sarcophages du Serapeum? Voyons donc ce que nous savons d'après les textes: Cette venue d'un dieu dans un corps de chair animale sur la Terre donnait lieu à toutes sortes de règles très strictes chez les anciens Egyptiens. Ainsi le choix du taureau servant à la manifestation physique du dieu était loin d'être laissé au hasard. Constatez par vous-même, le taureau devait être blanc et noir avec un ventre blanc, il devait avoir des marques en triangle blanc sur le front, un aigle aux ailes ouvertes sur le dos, une lune croissante sur le flanc, une marque en forme de scarabée sous la langue et une queue aux longs poils séparés en deux. C'était donc un taureau prédestiné.

Hérodote nous indique même que l'Apis est "un veau d'une vache qui ne peut plus avoir d'enfant après. La croyance des Egyptiens est qu'un flash du tonnerre descend sur la vache et cela fait qu'elle reçoit Apis." Les prêtres parcouraient toute l'Egypte pour trouver un tel veau. Quand on l'avait trouvé, on le transportait en bateau sur le Nil dans une magnifique cabine dorée jusqu'à Memphis puis il y avait une grande célébration, car cela voulait dire qu'un dieu vivant était venu s'incarner dans le pays, c'était un immense honneur et une grande joie.
Plan d'une partie du Serapeum

Ensuite il y avait une fête de 7 jours pour son entrée au temple du Serapis, puis il coulait des jours heureux avec des mets raffinés, des prêtres à son service, un troupeau harem à disposition, de la musique, des bijoux et une très grande popularité chaque fois qu'il sortait dehors en grande pompe pour des fêtes au milieu de la population en liesse. Il était tellement beau que Plutarque écrivit, même si cela nous semble étrange aujourd'hui qu' "Apis est une belle image de l'âme d'Osiris".

Sa grande popularité avait aussi d'autres raisons. En effet, on disait que chaque enfant qui sentait le souffle de l'Apis avait ensuite l'habileté à prédire le futur. Autant dire qu'on se pressait autour de lui. En fait l'Apis lui-même était consulté comme oracle. S'il acceptait la nourriture que vous lui tendiez, s'il avançait telle patte etc… tout était bon à interprétation.

Dessin du grand antiquaire de Louis XIV  Paul Lucas en 1700
Dessin du grand antiquaire de Louis XIV, Paul Lucas, qui voyagea à Saqqara en 1700.
La partie supérieure montre ce qu'on trouve en dessous, assez ressemblant avec intérieur du Sérapeum
On le réverait également parce que dans l'après-vie ceux qui était sous sa protection avaient contrôle sur les quatre vents. Il était aussi apotropaïque c'est à dire qu'il était censé détourner le mauvais sort… D'ailleurs l'Apis, d'après mes recherches est lié à ce qu'on appelle le signe de Tanit. Tanit est une déesse lunaire de la fertilité, des naissances et de la ville de Carthage, d'origine phénicienne. Son lieu de pèlerinage se trouve à Serepta (on est encore proche du mot Serapis) dans le sud de la Phénicie où on la relie à la déesse Astarté (Ishtar). Et tenez-vous bien, en égyptien Tanit = Ta Nit, c'est-à-dire en traduisant "la terre de la déesse égyptienne Neith". Encore une guerrière, et de plus veilleuse de la momie d'Osiris… Donc une déesse qui se bat et est en rapport avec le monde souterrain et la résurrection…Toujours l'enchevêtrement des divinités selon les zones et les époques.
Une des nombreuses entrées murées Cuve de granit dans sa niche en réfection
Mais si on regarde globalement, on nous parle toujours de la même chose! Et tout nous ramène en Egypte. Pour que vous puissiez comprendre pourquoi l'Apis était lié au signe de Tanit regardez d'abord l'Apis doré avec entre ses cornes le disque solaire, c'était là sa représentation habituelle, puis regardez maintenant le signe de Tanit… Le taureau de face représente le croissant de Lune (ses cornes), le Soleil (le disque dont il était toujours affublé), la pyramide (son museau triangulaire). Et le tout selon les Phéniciens donnait un être levant ses bras en prière vers les cieux. Rajoutons que dans le langage secret des prêtres égyptiens, la représentation du soleil voulait dire "regarder ce qui est fixe (le divin)", et la représentation de la lune signifiait "regarder ce qui est changeable, mutable (l'incarnation)". Donc nous sommes en face de l'animal étant la représentation même de la prière vers les cieux, du lien avec le divin, de l'échelle vers le ciel... Quel autre animal aurait pu servir aussi bien de lien avec les dieux?

De plus le dessin forme une croix Ankh avec le trait central ouvert en deux à la base, ce que certains pensent pouvoir être le signe de vie Ankh dans sa très lointaine origine…Un taureau donc symbole de vie, en rapport avec le ciel, en rapport avec la résurrection et mieux encore l'ascension… On commence à peine à entrevoir pourquoi tant de gens d'importance se sont intéressés à l'Apis et au Serapeum… Les rites entourant l'Apis étaient considérables. Dès qu'un Apis mourait on en cherchait un autre. Il y avait même un rite de baptême encore pratiqué à Rome bien plus tard où le culte d'Apis remportait beaucoup de succès. Ce rite ressemblait beaucoup au chrétien.

Encore plus important: Le mot  "taureau" se prononce "Ka" exactement comme un autre "ka" celui représentant selon les anciens Egyptiens le double de l'être humain contenant son énergie créatrice. Chaque être a son Ka individuel et les Egyptiens disaient dans les Textes que "Mourir, c'est passer à son Ka". Ce n'est pas un hasard, tout est jeu voulu dans l'écriture égyptienne. Ce "ka" était représenté en hiéroglyphe par deux bras levés vers le ciel et on le retrouve aussi accolé au dessin du taureau dans le hiéroglyphe de l'animal. Donc les prêtres égyptiens faisaient bien état à travers cet animal d'une transmission privilégiée vers le divin et un moyen d'éternité...

Une autre entrée murée avec un fil éléctrique en bas Gros plan sur le fil éléctrique

Conclusion
Nous voici donc face à un lieu qui nous parle de résurrection, d'ascension, d'éternité et qui cache bien plus d'un secret. Pour vous faire comprendre encore si c'est possible l'intérêt que suscite ce lieu chez certains, sachez que les premiers rapports de Mariette - la découverte détaillée de chaque sarcophage, chaque sépulture, chaque souterrain nouveau, le tout sur plusieurs années - ont complètement disparus. Ce qui une fois de plus ne vous étonnera pas si vous me lisez depuis un moment. Tout ce qui est important sur le plateau de Giza a tendance, soit à disparaître, et si ce n'est pas possible, à être fermé au public...

D'autre part, on trouve des dizaines d'ouvertures scellées, ou refermées plus ou moins bien, tout le long des murs extérieurs du Serapeum avec parfois des fils électriques sortant de nulle part, donnant sur des endroits que l'on ne visite pas, pas même avec une permission spéciale comme votre serviteur en obtient. De l'intérieur ces endroits sont murés, dissimulés derrière de lourds panneaux de bois, et inaccessibles... 
Comme on a constaté que les ouvriers travaillant à la réfection des couloirs du Serapeum sont exposés à l'inhalation de doses trop fortes de radon (28.83 mSv/par an au lieu du maximum de 10 mSv/par an), on a fermé les lieux au public depuis des années. Cependant, j'ai vu toute l'installation effective pour la circulation de l'air et tout fonctionne à merveille depuis longtemps...

Alors qu'attend-on pour rouvrir? D'autre part il est visible que des portions entières du Serapeum ne sont pas sur le plan. On sait aussi que certaines portions de couloirs effondrés cachent mal le fait qu'ils continuent derrière. On sait aussi que les énormes sarcophages de granit sont impossibles à remuer, intransportables. Quelqu'un à déjà essayé avec toute une équipe et de gros moyens, et le sarcophage, un peu plus petit que les autres se trouve au beau milieu du couloir de retour, abandonné sur place, car on n'a pas pu l'entraîner plus loin… On sait aussi que ces sarcophages sont la preuve d'une technologie incroyable et on se demande comment ils ont pu être emmené là dans ces étroits souterrains où les grues ne peuvent rentrer…

Nous allons reparler de tout cela en détail et pour ce faire il faudra que je vous parle du mystérieux Imhotep, l'architecte de la pyramide de Djoser, d'un des fils de Ramsès II qui fut l'un des plus grands prêtres et mages de toute l'Egypte, il faudra que je vous parle d'Esculape et du serpent… Et peut-être alors commencerons-nous à mieux entrevoir ce qui pouvait bien se passer dans ce lieu incroyable… N'hésitez pas aussi, si cela vous est possible d'aller visiter tout ce qui concerne le taureau Apis au musée du Louvre.

Texte et photos : Antoine Gigal
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